Lc 9, 57-62

Publié le 1 Octobre 2014

En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l'homme n'a pas d'endroit où reposer la tête. »

Il dit à un autre : « Suis-moi. » L'homme répondit : « Permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, va annoncer le règne de Dieu. »

Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d'abord faire mes adieux aux gens de ma maison. » Jésus lui répondit : « Celui qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas fait pour le royaume de Dieu. »

Nos retours en arrière, nos accroches à tout ce qui nous empêche d’aller de l’avant sont nombreuses. Pour autant, il faut bien s’appuyer sur quelque chose pour avancer, et ce ne peut être que le passé. Oublier le passé, c’est tuer l’avenir, dit l’adage. La question est bien sûr de ne pas l’oublier, mais de ne pas y rester. Alors, on parle souvent de ce texte en termes d’engagement sans retour. J’y vois une autre lecture possible.

La culture dans laquelle nous sommes nés est faite pour être transfigurée. On ne transfigure pas à partir de rien, il faut bien une base, mais il faut, en la faisant réellement sienne, lui permettre de trouver une porte pour s’exprimer clairement, dans une réelle « incarnation ». C’est dans la liberté de chacun que cette incarnation peut se faire, et non dans la crispation sur « on a toujours fait comme ça ». C’est vraiment une question de vie ou de mort : il est vital de « tirer de son sac du neuf et de l’ancien », comme le scribe de Mt13.52.

Il y a peu, je me trouvais dans une réunion œcuménique, et j’ai pu constater à quel point chacun campe sur ses habitudes, au lieu d’accepter l’autre : « celui qui vient » dans celui qui est différent, qui est toujours au-delà de toute mes conceptions étriquées, mes terriers de renard. Et je pensais « pourtant, c’est là le cadeau immense de l’œcuménisme ! »

Maître Eckhart, ce dominicain de l’école Rhénane, aurait dit « Quitter Dieu pour Dieu ». « Comme il est difficile à un riche de rentrer dans le Royaume des cieux », de quitter tout ce qu’il prend pour une richesse, même culturelle, esthétique, théologique, pour aller toujours plus loin. Et pourtant, c’est là que le Christ nous attend. Le suivre, le chercher, l’espérer vraiment n’est possible que dans cet abandon, dans cette pauvreté, dans la constatation « je sais que je ne sais rien », malgré les années d’études, malgré tout ce que j’ai pu comprendre, ou même expérimenter de Dieu dans le quotidien de mes rencontres. C’est oser poser l’espérance en Dieu dans la seule dimension qui lui soit possible : l’infini.

Alors seulement, on peut dire comme St Jean « Ce que nos yeux ont vu, ce que nos mains ont touché (…) C’est le verbe de vie » (1Jn1.1). Rien n’est possible en deçà. « Les concepts ne forment que des idoles de Dieu. Seul l’émerveillement peut en approcher quelque chose » disait Grégoire de Nysse.

Lc 9, 57-62

Rédigé par Paroisse Sainte Catherine du Passage

Publié dans #Evangile du jour

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