Homélie : Samedi 20 Octobre 2018 -Saint Joseph Dimanche 21 Octobre 2018 - Sainte Jehanne

Publié le 28 Octobre 2018

«Engendré, non pas créé, de même nature que le Père et par lui tout a été fait»

 

Frères et sœurs bien aimés, vous reconnaissez cette phrase, qui n’est pas tirée de la Bible mais du Credo de Nicée-Constantinople.

 

La notion de « serviteur » et de service dont il et question ce dimanche dans les textes bibliques et que Jésus endosse, est une nouvelle importante de l’Evangile. Pour autant, elle ne doit pas nous tromper sur la nature même de Jésus pour nous. Car Jésus est réellement vraiment homme et vraiment Dieu. « En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux, tenons donc ferme l’affirmation de notre foi » dit la Lettre aux Hébreux dans la deuxième lecture.

 

Or, aujourd’hui, beaucoup de chrétiens ont une fâcheuse tendance à atténuer la divinité de Jésus, influencés par une certaine gentillesse et bienveillance vis-à-vis de l’Islam qui parle d’un « Isha, fils de Marie », mais qui n’est pas mort sur la croix, et qui est pour eux un prophète mais non le Fils unique de Dieu. De même certaines personnes plus ou moins influentes, notamment en littérature, mettent en doute la conception de Jésus qui vient du Saint Esprit (évangiles de saint Marc, de saint Luc et de saint Jean) et non de Joseph, je pense par exemple à Frédéric Lenoir ou Eric-Emmanuel Schmitt, dans des genres différents mais qui sont des auteurs à succès.

 

Pourtant, dans l’Ecriture sainte il nous est révélé que Jésus ne peut être Dieu lui-même, le Sauveur et notre Seigneur, s’il n’est pas pleinement « de même nature que le Père ». Le relativisme d’aujourd’hui, déjà dénoncé par Benoît XVI, est donc une grave erreur. Il peut sembler en apparence ne pas avoir de conséquence pour le commun des mortels, être « des débats de théologiens », mais en fait ce relativisme a des conséquences pratiques tout à fait néfastes. Car si Jésus n’est pas vraiment Dieu, mais seulement un homme (une créature) investi d’un pouvoir ou d’une mission « divine », alors la Parole de Dieu n’est pas « sa » parole, alors l’unité du Père, du Fils et du Saint Esprit est vide de sens . Alors aussi les sacrements ne sont que des symboles humains sans valeur rédemptrice, je pense à l’Eucharistie à laquelle nous communions et qui nous garde dans la vie éternelle (Jean 6), je pense à l’absolution dans le sacrement du pardon, et bien sûr au baptême qui nous fait entrer dans l’adoption filiale et la vie éternelle... Voilà ce que nous croyons depuis les Apôtres, depuis les Pères de l’Eglise et aujourd’hui sur tous les continents.

 

Je voudrais par exemple vous citer quelques lignes de Saint Phébade, le premier évêque d’Agen attesté, à l’époque de Saint Hilaire de Poitiers et pendant la crise arienne de l’Église au IVème siècle.  Il y a quelques années (2009-2010), nous avons à plusieurs, écrit un petit livre, sous la direction du Père Philippe Molac, à l’époque à l’Institut catholique de Toulouse, intitulé « Ce Jésus est notre Seigneur, Petite catéchèse à l’école de St Phébade ». Voilà ce qu’écrit Phébade vers 358, dans son Livre contre les Ariens (Contra Arianos) : « nous croyons qu’il y avait deux natures en notre Seigneur, l’une divine et l’autre humaine, et qu’ainsi il était immortel selon la première et mortel selon la seconde. De fait suivant l’une il est né, selon l’autre il s’est révélé ; suivant l’une il est immortel, suivant l’autre il est mortel. » (p.72)

 

Et encore, un extrait du commentaire écrit par le Père Jean-Jacques Fauconnet, intitulé « Le Fils n’a rien perdu de sa divinité » : « Dans le mystère de l’incarnation, nous affirmons que le Fils s’est fait homme. Non pas comme Zeus prend l’apparence d’un cygne pour séduire Léda, mais en assumant entièrement notre condition. La condition divine et la condition humaine sont-elles donc compatibles ? Il semble bien que non, si l’on s’en tient aux idées communes sur Dieu.

En effet, l'homme a tendance à s'imaginer Dieu comme une image agrandie de lui-même, la finitude humaine devenant l'infinie perfection de Dieu, et la faiblesse toute-puissance. La jalousie même de Dieu est confondue avec celle de l'homme alors qu'elle en est le contraire. Dès le début de son évangile, saint Jean nous met en garde contre ces idées naturelles en nous rappelant : « Dieu personne ne l’a jamais vu ; le Fils Unique, qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître.» (Jn 1, 18) (…) Le Fils est Dieu, mais il n’est pas le Père, c’est Lui et non le Père ou l’Esprit qui se fait homme. D’ailleurs, c’est pour Lui, pour être son épouse que l’humanité a été créée. S’étant détournée de Lui et tombée dans l’esclavage du péché, elle a eu besoin d’être rejointe et rachetée par Lui. Sauvée, elle peut entrer dans la joie des noces, ou chacun renonce à soi pour se donner à l’autre. C’est bien ce qu’a vécu l’homme Jésus en sa Passion, et par Lui, c’est Dieu le Fils qui l’a vécu. » (p. 45)

 

Saint Phébade explique le Symbole de la foi en écrivant : « Jésus, non pas créé mais engendré, non à partir de rien, mais à partir du Père, d’une seule substance avec le Père (…) et tout ce qui est dans le Père a engendré le Fils tout entier ».

Oui, vraiment le Père et le Fils ne font qu’un. C’est ce que nous vivons dans la Prière Eucharistique, que nous allons offrir ce matin et que nous offrons à chaque messe, pour le Père, par le Fils et dans l’Esprit.

 

« Engendré, non pas créé, de même nature que le Père et par lui tout a été fait ».

 

Amen.

 

 

Père Thibaud de La Serre

Rédigé par Paroisse Sainte Catherine du Passage

Publié dans #Homélies

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