Homélie du dimanche 24 février - Eglise Sainte Jehanne

Publié le 16 Mars 2019

Liturgie 7ème dimanche ordinaire Année C

En ce septième dimanche du temps ordinaire, l’Évangile nous présente Jésus qui lance une bombe à ses contemporains, pas une bombe destructrice, mais une bombe réparatrice. Jésus nous demande d’aimer non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi nos ennemis. « Aimez vos ennemis. Faites du bien à ceux qui vous persécutent. Ne réclame pas à celui qui te vole. »

Si nous entendons cet Évangile alors que rien ne nous tracasse, que notre humeur est au beau fixe, nous pouvons le trouver magnifique, très généreux, plein de bons sentiments… Au contraire, si nous venons d’être humilié, contrarié ou si nous nous sentons victime d’une injustice, cet Évangile peut nous paraître insupportable ! Allons nous sortir de l’église dès maintenant parce que « c’est vraiment trop nous demander » ? cela vaudrait peut-être mieux que de rester indifférents, assis et impassibles, comme si ce commandement nouveau n’était qu’une information, sans lien avec la célébration de l’eucharistie. Allons-nous au contraire dire « oui », sans « mais » et sans « si » ? car il ne s’agit pas d’édulcorer l’enseignement de Jésus. Il est valable pour le peuple juif de son temps, comme pour nous aujourd’hui.

Avant Jésus, ce précepte n’avait jamais été exprimé de manière aussi radicale et absolue. Il est difficile pour nous, déjà trop habitués à entendre ce commandement, de nous imaginer une société où la vengeance des ennemis était la norme. Tel était bien le cas au temps de Jésus. Le peuple juif, ayant souffert de multiples conquêtes, avait de quoi détester toute personne associée de près ou de loin à sa situation de peuple conquis. C’est dans ce contexte que Jésus lâche sa bombe, ceci pour dire à ses contemporains de ne pas détester leurs persécuteurs, car le mal, la violence n’auront pas le dernier mot. Seul l’amour sera le plus fort.

 

Ce message est aussi valable pour nous aujourd’hui. Mais posons-nous la question : qui sont nos ennemis ? Certes, nous n’avons sans doute pas d’ennemis qui veulent notre mort. Mais notre ennemi n’est-il pas celui qui vient toucher notre incapacité d’aimer ? n’est-ce pas celui qui m’exaspère, qui me fait perdre patience, qui me fait penser que la vie serait plus tranquille s’il n’était pas sur ma route… ? Là, tout de suite, une liste formidable de personnes défile devant nos yeux, parce que nous voyons qu’il y a des tas de personnes avec qui nous avons du mal à vivre. La personne perdue au fin fond de la Chine ne me dérange pas puisque je ne la connais pas. Mais mon prochain, mon voisin, tel membre de ma famille, telle personne avec qui je travaille, tel membre de ma communauté paroissiale… voilà mes ennemis potentiels !

Mais ces ennemis, ne sont-ils pas aussi une chance pour que nous prenions conscience que c’est peut-être par eux que nous allons progresser spirituellement. Celui qui m’exaspère n’est pas celui que je dois enlever de mon champ de vision, alors même que j’en aurais une formidable envie, mais c’est celui qui va me faire grandir. C’est par ces frères-là que je vais grandir spirituellement, que je vais demander au Seigneur un amour plus fort.

Nous pourrions nous demander avec quelle personne je veux être patient ? Si nous pouvions avec les personnes qui nous énervent, être patients, ce serait déjà un signe que nous sommes disciples du Seigneur. St Paul ne nous dit-il pas : « l’amour prend patience » ?

 

Et maintenant, voilà la deuxième recommandation de Jésus en ce dimanche. Jésus nous dit aussi : « A celui qui te frappe sur une joue, présente l’autre joue ». Par cette recommandation, Jésus ne nous demande pas de rester passifs contre le mal. Ce que Jésus veut nous faire comprendre, c’est qu’il nous faut montrer un autre visage face au mal, notre 2ème joue. Ce n’est pas notre sagesse humaine qui pourra nous conduire à cela, mais la grâce de Dieu qui nous donne d’aimer d’un amour fort qui ne se laisse pas arrêter par le mal.

Prenons conscience qu’en nous-même, depuis notre baptême et par la grâce de Dieu qui habite en nous, nous portons une capacité d’aimer qui est plus forte que l’offense. On voit bien comment les martyrs ont vécu cela, appelant même la bénédiction sur leurs persécuteurs !

 

Comme effort pour les jours à venir, nous pourrions peut-être prendre cette décision d’être attentif à aimer celui qui vient toucher mon incapacité d’aimer, ou qui peut être m’a blessé, ou blessé mon ego, mon amour-propre.

Essayons d’avoir une attitude différente avec lui, qui fera que l’autre va s’interroger.

Vous vous rappelez sans doute l’épisode de la vie de Ste Thérèse de l’Enfant Jésus : il y avait une sœur très difficile à vivre, qui se plaignait tout le temps. Avec cette Sœur, Ste Thérèse montrait une gentillesse et une attention hors du commun. A tel point, que Sœur Thérèse de la Croix, c’était son nom, lui demanda un jour : « pourquoi vous m’aimez tant ? »

C’est cela être Saint ! les Saints nous montrent le chemin du possible,

Demandons-leur la grâce de vivre cette page d’Évangile.

 

Amen.

Yves-Alain FANTON, Diacre.

Rédigé par Paroisse Sainte Catherine du Passage

Publié dans #Homélies

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