Première lettre de mission du Père Vincent Chrétienne

Publié le 17 Mai 2020

Chers amis,
après presque trois années au Cambodge, il est grand temps d’écrire ma première lettre de mission et partager avec vous ma joie de prêtre dans ce pays.

La communauté catholique de Prek Sbow

La communauté catholique de Prek Sbow

Le 1er octobre 2017, jour de la fête de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, je fus envoyé en mission avec six de mes confrères des Missions Etrangères de Paris par le supérieur général, le père Gilles Reithinger, dans l’église Saint-François-Xavier à Paris. C’est donc avec l’appui des deux saints patrons des missionnaires que j’ai quitté la France dès le lendemain.
Avant d’évoquer ma mission, il convient de présenter brièvement le pays qui m’accueille. Le Cambodge en quelques chiffres, c’est 181 000 km2, 16 millions d’habitants, dont 70% ont moins de trente ans, 7% de croissance du PIB chaque année. Un pays très dynamique donc mais avec beaucoup défis à relever. L’exode rural entraine un bouleversement de la société qui abandonne ses traditions et plonge le pays dans le matérialisme. La situation politique est verrouillée par le premier ministre Hun Sen, ancien Khmer Rouge reconverti en capitaliste soumis à la Chine. Au pouvoir depuis 40 ans, il a réduit toute opposition au silence et prépare activement sa succession en faveur de son fils. La tragédie du Kampuchea démocratique (Khmers rouges, 1975 - 1979) semble désormais bien lointaine, les jeunes générations étant très ignorantes des évènements qui ont pourtant entrainé la mort de près de deux millions de Cambodgiens.
L’Eglise catholique est ici très minoritaire : 20 000 baptisés, soit 0,1% de la population. Depuis 1555, les missionnaires annoncent l’Evangile, sans grand succès… A partir du milieu du XVIIe siècle, le Cambodge a été confié aux prêtres des Missions Etrangères de Paris. Le vicariat apostolique du Cambodge a été créé en 1850, mais jusqu’en 1970 l’essentiel des chrétiens fut d’origine vietnamienne. C’est seulement au cours des années 1960 qu’un véritable effort a été fait en faveur de l’évangélisation des Khmers (traduction de la Bible en khmer ; refondation d’un séminaire à Phnom Penh). Cependant la guerre civile et le régime Khmer Rouge ont anéanti 500 ans de présence chrétienne. Lorsque les missionnaires reviennent en 1990, toutes
les églises du Cambodge ont été détruites. Les prêtres khmers ont été tués. Mgr Joseph Chhmar
Salas, ordonné évêque sous les bombes trois jours avant l’entrée des Khmers Rouges dans
Phnom Penh, est mort de faim et d’épuisement dans la rizière où l’ensemble de la population a
été déportée. Aujourd’hui, l’Eglise se reconstruit à partir de Phnom Penh et des deux préfectures
apostoliques de Kampong Cham et Battambang.
 

Première lettre de mission du Père Vincent Chrétienne

Pour chaque nouveau missionnaire, une période d’apprentissage de la langue s’impose durant
trois ans. Ce fut pour moi l’occasion d’effectuer un séjour de plusieurs mois dans chacun des
trois diocèses : Phnom Penh dans une paroisse de la capitale (paroisse de l’Enfant-Jésus) ;
Kampong Cham dans le village de Koh Roka auprès d’un prêtre khmer (il y a actuellement neuf
prêtres cambodgiens et 60 missionnaires dans l’ensemble du Cambodge) ; Battambang dans le
village de Prek Sbow.
Les premiers mois ne furent pas sans difficultés pour trouver mes repères, saisir les bases de la
langue, m’adapter à la chaleur, comprendre le code de la route (s’il a jamais existé ici…). C’est
l’expérience de l’humilité. Après quatre mois, mon curé m’a gentiment demandé de le soutenir
dans sa charge pastorale en célébrant la messe chaque dimanche. Ici c’est surtout l’expérience
de l’humiliation qui a prévalu durant les homélies ! Et que dire des dizaines de confessions
avant chaque Eucharistie, dont la plupart étaient en vietnamien.
A Koh Roka, j’ai découvert une communauté vivante mais encore bien jeune dans sa foi. La
paroisse ne compte qu’une vingtaine d’années. Ce sont d’abord les jeunes qui font vivre le lieu
par un temps quotidien de prière chaque soir avec le curé. L’église en bois construite par le père
Gérald Vogin (originaire du diocèse de Bordeaux) est un chef d’oeuvre d’inculturation.
Comprendre l’identité d’un peuple est une nécessité pour annoncer la foi. Le Christ ne s’impose
pas à l’homme. Il vient le rejoindre dans son histoire.
Eglise de Koh Roka
 

Eglise de Koh Roka

Eglise de Koh Roka

Pour ma troisième année, j’ai été envoyé à Prek Sbow. Il ne s’agit pas d’un lieu anodin puisque
Pol Pot est originaire de ce village. Son neveu qui demeure dans la maison de famille fut
d’ailleurs mon voisin immédiat. Durant l’année, j’ai logé dans la sacristie de l’église puisqu’il
n’existe pas de presbytère. Ce fut probablement la plus belle des trois années. L’amour d’un
pays et d’un peuple ne s’acquiert pas en un jour. Il faut du temps pour avancer. La maîtrise de
la langue, les voyages à travers les provinces et les amitiés naissantes m’ont aidé à apprivoiser
ce territoire où le Seigneur m’a envoyé.
Croix des martyrs élevée sur le lieu où est mort Mgr Chhmar Salas, premier évêque cambodgien (+1977)
 

Croix des martyrs élevée sur le lieu où est mort Mgr Chhmar Salas, premier évêque cambodgien (+1977)

Croix des martyrs élevée sur le lieu où est mort Mgr Chhmar Salas, premier évêque cambodgien (+1977)

Les Cambodgiens ont un relationnel très facile. Dans la rizière ou au marché, les gens vous
abordent très simplement, surtout lorsque vous êtes le seul blanc dans un rayon de 30 km. S’ils
ne savent pas ce qu’est un prêtre, ils ont souvent entendu parler de Preah Yesou Krist à travers
l’inlassable charité de l’Eglise. Mais sa Parole pénètre difficilement les coeurs. Pourtant, je
garde l’espoir que les semences porteront un jour de grands fruits. Le premier prêtre des MEP
au Cambodge, le père Louis Chevreuil, écrivait en 1668 : « Je ne puis me persuader que la grâce
du Rédempteur ne rendit le Cambodge capable de l’affaire du Salut, s’il y avait assez d’ouvriers
qui s’y attachassent avec tout le soin que l’amour de Dieu leur inspirerait. »
Aujourd’hui s’achève mon temps d’étude. Je viens d’être affecté à la préfecture apostolique de
Battambang et nommé curé de Chomnaom, un petit village dans le nord-ouest du pays. Ma
future mission débordera un peu en Thaïlande puisque de nombreux fidèles travaillent de l’autre
côté de la frontière ; mon évêque m’a donc demandé de les visiter régulièrement afin de ne pas
les laisser sans le réconfort du Christ.
Je confie à votre prière ma nouvelle paroisse et je vous assure de ma prière fidèle malgré la
distance.
Vincent Chrétienne
Cloche de l’ancienne cathédrale de Phnom Penh, dynamitée en 1976, aujourd’hui exposée au Musée national de
Phnom Penh.

Cloche de l’ancienne cathédrale de Phnom Penh, dynamitée en 1976, aujourd’hui exposée au Musée national de Phnom Penh.

Cloche de l’ancienne cathédrale de Phnom Penh, dynamitée en 1976, aujourd’hui exposée au Musée national de Phnom Penh.

Rédigé par Paroisse Sainte Catherine du Passage

Publié dans #Mission du Père Vincent Chrétienne

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